L’élégance du hérisson de Muriel Barbery.

L’un de mes livres favoris, et je n’avais pas encore pris le temps d’en parler ici.
Non que ce livre soit sans défauts, et parce que j’acquiers peu à peu un sens critique, je commence à les apercevoir, mais parce qu’il est un concentré de pensées avec lesquelles je suis en totale adéquation.

L’histoire est simple. Récit à deux voix, Renée, une concierge acariâtre et misanthrope ou presque, mais férue d’arts (je mets un s, parce que cela concerne tous les arts quels qu’ils soient), et Paloma, jeune fille de douze ans, trop intelligente perdue dans un monde où elle ne croit pas avoir sa place. Si Renée joue la comédie de la concierge et essaye d’en être l’un des archétypes les plus durs, Paloma elle, tente de trouver la beauté du monde et projette de se suicider après avoir mis le feu à l’appartement parental, pour tenter de faire réfléchir un peu ses proches, caricatures d’êtres engoncés dans leurs petites vies misérables et égoïstes. Mais, voilà qu’un appartement se libère à cause de la mort de son occupant, et qu’arrive Monsieur Ozu, un japonais qui va entrer dans la vie des deux héroïnes et tout bouleverser.

Parlons des points négatifs avant d’aborder ce qui fait de ce roman un livre culte à mon sens. Les apartés philosophiques de Renée, s’ils sont intéressants, sont parfois un peu lourds, et rappellent trop au lecteur que l’auteur est agrégée de philosophie. En outre, les personnages, à trop rejeter les autres semblent parfois s’enfermer dans ce qu’ils reprochent au reste de l’humanité. Ne pas voir plus loin que le bout de leur nez, c’est ce qu’ils exècrent et ce qu’ils font. (A part Monsieur Ozu.)

Voilà, ce n’est pas grand chose, et le reste du roman submerge aisément ces petites faiblesses.

Quand au reste… Je ne saurais pas en parler à sa juste valeur, ou je pondrais des pages entières.
Ce livre me remet toujours à ma place, me fait m’interroger sur mon regard au monde, sur la beauté éphémère des choses, et me donne envie de m’ouvrir à l’art. Il me touche d’une façon qu’aucun autre livre ne le fait. Comme s’il remuait une partie spécifique de mon âme, comme si je reconnaissais dans ces phrases qui se suivent quelque chose d’autre que de l’encre sur du papier. Une sorte de résonance que je ne m’explique pas.
Et parce que je suis sensible, je pleure, à chaque fois. Et pourtant, au final, je ne voudrais pas en changer la fin.

Place aux citations pour vous donner envie.

Paloma : » Les gens croient poursuivre les étoiles et ils finissent comme des poissons rouges dans un bocal. »

« L’important, c’est ce qu’on est en train de faire au moment où l’on meurt. »

« C’est la première fois que je rencontre quelqu’un qui cherche les gens et qui voit au-delà. […] Nous ne voyons jamais au delà des nos certitudes et, plus grave encore, nous avons renoncé à la rencontre, nous ne faisons que nous rencontrer nous mêmes sans nous reconnaître dans ces miroirs permanents. Si nous nous en rendions compte, si nous prenions conscience du fait que nous ne regardons jamais que nous même en l’autre, nous deviendrions fous.[…] ils ne voient que le vide parce que ce n’est pas eux. « 

« Moi je crois que la grammaire c’est une voie d’accès à la beauté. »

« Il y a tant d’humanité dans cette capacité à aimer les arbres, tant de nostalgie de nos premiers émerveillements, tant de force à se sentir si insignifiants au sein de la nature […] et nous rend en même temps dignes de vivre, parce que nous sommes capables de reconnaître une beauté qui ne nous doit rien. »

(à propos de la chorale de son école) « Alors quand il y a un canon, je regarde par terre, parce que c’est trop d’émotion à la fois : c’est trop beau, trop solidaire, trop merveilleusement communiant. Je ne suis plus moi même, je suis une part d’un tout sublime auquel les autres appartiennent aussi… »
[A propos de ce qu’ont inventé les anglais]  » Le chapeau comme emblème de la psychorigidité. »

« C’est peut être ça être vivant, traquer des instants qui meurent. »

Et Renée maintenant :

« Comme le conteur transforme la vie en un fleuve chatoyant où s’engloutissent la peine et l’ennui, Manuela métamorphose notre existence en épopée chaleureuse et gaie. »

 » Dans la quiétude des vieilles amitiés. »

« Je suis en mon entendement une déesse invaincue. »

[A propos du thé] « Et dans chaque gorgée se sublime le temps. »

« Pour Manuela, un décorateur est un être éthéré qui dispose des coussins sur des canapés dispendieux et recule de deux pas pour en admirer l’effet. »

 » […] par ces portes coulissantes refusant de pourfendre l’espace et glissant en douceur sur des rails invisibles. Car, lorsque nous ouvrons une porte, nous transformons les lieux de bien mesquine façon. Nous heurtons leur pleine extension et y introduisons une brèche malavisée à force de mauvaises proportions. […] La porte coulissante, elle, évite les écueils et magnifie l’espace. Sans en modifier l’équilibre, elle en permet la métamorphose. Lorsqu’elle s’ouvre, deux lieux communiquent sans s’offenser. Lorsqu’elle se ferme, elle redonne à chacun son intégrité. Le partage et la réunion se font sans intrusion. La vie y est une calme promenade, lorsqu’elle s’apparente chez nous à une longue suite d’effractions. »

« Car l’art c’est la vie mais sur un autre rythme. »

[A propos de son amie Manuela] « Un garde fou au malheur, un rempart contre la trivialité. »

Je m’arrête là, mais pendant ma lecture, j’en avais noté tant d’autres…

Lisez le, vraiment ! (et en image un camélia, parce que, dans le livre, cette fleur a sa place particulière.)

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Un commentaire pour L’élégance du hérisson de Muriel Barbery.

  1. temps dit :

    "Lisez le, vraiment". La passion est le fruit de l'aire du temps, il plait, a plu, plaira peut-être.Cordialement

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