La mort est mon métier de Robert Merle.

Une relecture, puisque j’ai lu ce livre en étant plus jeune, à l’époque du lycée je crois. Je me souviens qu’il m’avait extrêmement marquée, et l’autre fois en en reparlant avec des amis, j’ai eu envie de le relire.

Dans ce livre, on suit le destin de Rudolf Lang (en réalité Rudolf Hoess, qui a vraiment existé, et était le commandant du camp d’Auschwitz.), de son enfance jusqu’à son procès. Gamin perturbé, grandissant avec un père psychorigide qui le destine à la prêtrise, le jeune Rudolf fait pitié.

C’est en ça que réside la force du roman de Robert Merle. Il ne transforme par Rudolf en monstre. Non, il nous montre au départ qu’il n’est qu’un homme, et non pas le diable, ou le mal incarné. C’est en ça que ce qui s’est passé durant la seconde guerre mondiale est horrible. Les gens qui ont commis ces massacres, faisant de l’extermination d’être vivants, de gens égaux à eux, une industrie comme une autre, étaient humains, avaient des familles, et semblaient en apparence des gens ordinaires.
Et c’est là que le personnage de Merle fait peur. Il obéit, envers et contre tout, il ne réfléchit jamais à ce qu’il fait, il se contente d’être une machine parfaitement huilée, presque sans âme, qui réfléchit en vue de faire du rendement, s’acquitte des tâches qu’on lui donne, comme ça, parce qu’il lui faut être gouverné. Comme un pantin.

Ce roman nous laisse une impression de profond malaise, d’incompréhension, nous fait nous questionner sur l’humanité, sur la folie des hommes. Il me semble nécessaire de lire ce genre de livres, pour ne pas oublier, pour ne pas croire que le monde est sans faille, sans ombres, là est la triste vérité, nous vivons dans un monde de nuances, tantôt tirant vers la pureté, tantôt tirant vers la noirceur la plus totale.

Et quelques extraits, pour apprécier l’écriture fluide de Robert Merle qui à mon sens, cadre parfaitement avec son sujet : D’abord, extraits de la préface : « Pour peu qu’on y réfléchisse, cela dépasse l’imagination que des hommes du XX ème siècle, vivant dans un pays civilisé d’Europe, aient été capables de mettre tant de méthode, d’ingéniosité et de dons créateurs à construire un immense ensemble industriel où ils se donnaient pour but d’assassiner en masse leurs semblables.« 
« Il y a bien des façons de tourner le dos à la vérité. On peut se réfugier dans le racisme et dire  » les hommes qui ont fait cela étaient des Allemands. On peut aussi en appeler à la métaphysique et s’écrier avec horreur, comme un prêtre que j’ai connu: « Mais c’est le démon! Mais c’est le Mal »… « 
« Tout ce que Rudolf fit, il le fit non par méchanceté, mais au nom de l’impératif catégorique, par fidélité au chef, par soumission à l’ordre, par respect pour l’État. Bref, en homme de devoir et c’est en cela justement qu’il est monstrueux. »
Et maintenant, extraits du roman. (écrit à la première personne) :
« Leurs voix résonnèrent puissamment dans ma poitrine, j’éprouvai un profond sentiment de paix. J’avais trouvé ma route. Elle s’étendait devant moi, droite et claire. Le devoir, à chaque minute de ma vie, m’attendait. »
« – Mein Lieber, dit-il d’un air jovial et important, Napoléon a dit « qu’impossible » n’était pas un mot français. Depuis 34, nous essayons de prouver au monde que ce n’est pas un mot allemand. »

Cet article a été publié dans Littérature contemporaine. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s