Comme un roman de Daniel Pennac.

Je passe régulièrement par des moments où j’ai envie de lectures simples, qui ne vont pas me demander trop d’efforts, et juste me permettre de m’évader. Avec ce livre, je craignais le côté rébarbatif qu’ont souvent ce genre d’essais, généralement pontifiants et lourds, parfois même indigestes.
Ce n’est pas le cas ici.

Outre le fond plus qu’intéressant, la forme est avant tout très agréable. Tous les lecteurs de Pennac retrouveront son style fluide et agréable, loin de tout chichi superfétatoire.
Ce livre donne plus l’impression d’une lettre ouverte, d’un cri d’amour à la littérature, et d’une envie incroyable de dire que lire c’est presque aussi vital que de respirer.
Pennac se questionne sur le manque d’intérêt des jeunes pour la lecture. Les livres font-ils peur ? L’obligation de lire ôte t-elle tout plaisir à l’acte ? L’école dégoûte t-elle de la littérature ?

En repensant à mes cours de français, puis de lettres, (je suis une indécrottable littéraire), je me dis que je peux comprendre qu’on soit dégoûté de lire. En cours, on prend un livre, on le décortique jusqu’à le réduire parfois à une accumulation de figures de style, en se lançant à la chasse aux métaphores, anacoluthes, synecdoques et autres choses de ce genre qui finissent par se changer en ogres effrayants pour qui n’arrive pas à les trouver. Parfois il serait bon, comme nous le dit Daniel Pennac de prendre le temps d’écouter le professeur nous lire à haute voix un passage, juste pour être happés par l’histoire.  Ce n’est en rien une critique des professeurs qui font, je l’imagine bien, comme ils le peuvent, avec leur manque de moyens, non, c’est tout un système à modifier.
Quoiqu’il en soit, pour aimer lire, il faut se laisser capturer par une histoire, attraper par une intrigue, et on ne vous l’apprend pas à l’école.
Le livre se finit sur les 10 commandements du lecteur, savoureux à mon sens.

1 Le droit de ne pas lire (c’est rare que cela m’arrive !)
2 Le droit de sauter des pages (j’avoue, je lis parfois en diagonale !)
3 Le droit de ne pas finir un livre (le dernier en date Crimes et Châtiments, que je n’ai absolument pas pu continuer. Je le remets à une autre fois.)
4 Le droit de relire (Que je m’accorde régulièrement. Pour moi relire un livre c’est aller rendre visite à un vieil ami.)
5 Le droit de lire n’importe quoi. ( Parfois des lectures stupides rafraichissent, si si !)
6 Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible). ( Je n’aime pas Emma, mais la fuite vers l’imaginaire et le romanesque, je comprends.)
7 Le droit de lire n’importe où (Enfant je lisais en marchant, en prenant ma douche, le soir avec la lampe de mon vélo… Encore aujourd’hui, je lis en cuisinant, en buvant mon café le matin, un peu n’importe où n’importe quand. )
8 Le droit de grapiller. (Ouvrir un livre aimé et lire une ou deux phrases par ci par là est un bonheur à s’accorder régulièrement !)
9 Le droit de lire à haute voix. (Parce que les mots ont parfois besoin d’être lus tout haut.)
10 Le droit de nous taire. (Des fois, une lecture se passe de commentaires. Et on prend le temps de la digérer. )

Je pourrais encore écrire des lignes et des lignes sur ce livre, mais je vais me freiner un peu, vous dire que si vous venez à le lire vous l’apprécierez autant que moi, et je vous laisse avec quelques extraits, like always ! (ah et, chose incroyable Pennac m’a un tout petit peu réconciliée avec Rousseau. Mais un peu seulement.)
« En sorte que lire était alors un acte subversif. A la découverte du roman s’ajoutait l’excitation de la désobéissance familiale. Double splendeur ! O le souvenir de ces heures de lectures chipées sous les couvertures à la lueur de la torche électrique ! »
« La gratuité qui est la seule monnaie de l’art. »
« Que des livres puissent à ce point bouleverser notre conscience et laisser le monde aller au pire, voilà de quoi rester muet. »
« Aimer c’est, finalement, faire un don de nos préférences à ceux que nous préférons. Et ces partages peuplent l’invisible citadelle de notre liberté. Nous sommes habités de livres et d’amis. »
« Le vrai plaisir du roman tient en la découverte de cette intimité paradoxale : L’auteur et moi… La solitude de cette écriture réclamant la résurrection du texte par ma propre voix muette et solitaire. »
« Le temps de lire, comme le temps d’aimer, dilate le temps de vivre. »
« La lecture ne relève pas de l’organisation du temps social, elle est comme l’amour, une manière d’être . »
« Mais comment ne peut-on pas aimer Stendhal ? On peut . » (Et là je dis… Merci !)
« Mais nous relisons surtout gratuitement, pour le plaisir de la répétition, la joie des retrouvailles, la mise à l’épreuve de l’intimité. »
« C’est cela, en gros, le « bovarysme », cette satisfaction immédiate et exclusive de nos sensations : l’imagination enfle, les nerfs vibrent, le cœur s’emballe, l’adrénaline gicle, l’indentification opère tout azimuts, et le cerveau prend (momentanément) les vessies du quotidien pour les lanternes du romanesque… »
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2 commentaires pour Comme un roman de Daniel Pennac.

  1. Irrégulière dit :

    Un livre particulier pour moi, que j'ai découvert il y a longtemps, prêté par un prof que j'adorais…

  2. Eiluned dit :

    Irrégulière : Très intelligent de la part du prof, c'est un livre fantastique à faire lire à un élève !

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