Roméo et Juliette de William Shakespeare.

Je ne sais pas trop vraiment par où commencer pour vous parler de Roméo et Juliette. Tout le monde connaît leur histoire. Une histoire d’amour mythique.
Oui mais voilà, malgré la beauté des mots de Shakespeare, l’envolée lyrique des sentiments, l’humour tout de même présent, il y a quand même des choses qui m’ont dérangé.

– L’inconstance de Roméo. Il passe en une seconde d’un amour éperdu pour Rosaline à un amour pour Juliette. Non mais franchement?! Après on viendra dire que les femmes sont inconstantes, mais là quand même… Je trouve que ça n’ajoute rien à l’histoire et ça enlève un peu de romantisme quand même ! Il passe de  tirades pour vanter la beauté de l’une à des tirades pour l’autre…
– La rapidité des choses. Ah on peut dire qu’ils ne chôment pas à Vérone. Emballé c’est pesé, hop, coup de foudre mariage et zou.
-Le manque de caractère des personnages principaux. J’ai eu envie de leur mettre deux claques et de les secouer. Qu’ils se rebellent que diable ! Juliette n’avait qu’à s’enfuir à Mantoue avec Roméo et on n’en parle plus ! (bon ça n’aurait pas été aussi tragique d’accord…)

Oui MAIS !

Parce qu’il y a un mais. J’ai quand même aimé. Parce que Shakespeare est un magicien. Que certaines de ses répliques m’ont fait monter les larmes aux yeux, et que je n’ai pas arrêté ma lecture avant le mot fin, malgré mon agacement. Juste pour la beauté de la forme. Ce qui n’est pas si mal…
(et puis les envolées de Mercutio, c’est quelque chose !)

Quelques extraits :

« MERCUTIO. – Oh ! je vois bien, la reine Mab vous a fait visite. Elle est la fée accoucheuse et elle arrive, pas plus grande qu’une agate à l’index d’un alderman, traînée par un attelage de petits atomes à travers les nez des hommes qui gisent endormis. Les rayons des roues de son char sont faits de longues pattes de faucheux ; la capote, d’ailes de sauterelles; les rênes, de la plus fine toile d’araignée ; les harnais, d’humides rayons de lune. Son fouet, fait d’un os de griffon, a pour corde un fil de la Vierge. Son cocher est un petit cousin en livrée grise, moins gros de moitié qu’une petite bête ronde tirée avec une épingle du doigt paresseux d’une servante. Son chariot est une noisette, vide, taillée par le menuisier écureuil ou par le vieux ciron, carrossier immémorial des fées. C’est dans cet apparat qu’elle galope de nuit en nuit à travers les cerveaux des amants qui alors rêvent d’amour sur les genoux des courtisans qui rêvent aussitôt de courtoisies, sur les doigts des gens de loi qui aussitôt rêvent d’honoraires, sur les lèvres des dames qui rêvent de baisers aussitôt ! Ces lèvres, Mab les crible souvent d’ampoules, irritée de ce que leur haleine est gâtée par quelque pommade. Tantôt elle galope sur le nez d’un solliciteur, et vite il rêve qu’il flaire une place ; tantôt elle vient avec la queue d’un cochon de la dîme chatouiller la narine d’un curé endormi, et vite il rêve d’un autre bénéfice ; tantôt elle passe sur le cou d’un soldat, et alors il rêve de gorges ennemies coupées, de brèches, d’embuscades, de lames espagnoles, de rasades profondes de cinq brasses, et puis de tambours battant à son oreille ; sur quoi il tressaille, s’éveille, et, ainsi alarmé, jure une prière ou deux, et se rendort. C’est cette même Mab qui, la nuit, tresse la crinière des chevaux et dans les poils emmêlés durcit ces nœuds magiques qu’on ne peut débrouiller sans encourir malheur. C’est la stryge qui, quand les filles sont couchées sur le dos, les étreint et les habitue à porter leur charge pour en faire des femmes à solide carrure. C’est elle … »

 » ROMÉO. – L’amour, qui le premier m’a suggéré d’y venir : il m’a prêté son esprit et je lui ai prêté mes yeux. Je ne suis pas un pilote ; mais, quand tu serais à la même distance que la vaste plage baignée par la mer la plus lointaine, je risquerais la traversée pour une denrée pareille. »

« JULIETTE. – Oh ! renonce, mon cœur ; pauvre failli, fais banqueroute à cette vie ! En prison, mes yeux ! Fermez-vous à la libre lumière ! Terre vile, retourne à la terre, cesse de te mouvoir, et, Roméo et toi, affaissez-vous dans le même tombeau. »

 Edit : Ce billet participe au challenge Shakespeare  et au challenge amoureux ( pour l’histoire d’amour mythique) (les liens sont à droite dans la catégorie j’y participe)

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12 commentaires pour Roméo et Juliette de William Shakespeare.

  1. Malo dit :

    J'ai découvert Shakespeare, avec ce texte, pour le challenge Shakespeare de Maggie et, j'ai eu un vrai coup de coeur. J'ai passé un excellent moment et du coup, j'ai envie de lire les autres pièces de ce dramaturge au talent incontestable.

  2. dogra magra dit :

    Je me souviens avoir étudié Roméo & Juliette au lycée, en terminale. C'était une belle expérience même si la plupart des élèves n'avaient pas aimé, et j'avais déjà remarqué à l'époque que Roméo ne sait pas vraiment sur quel pied danser, entre Rosaline et Juliette, comme vous l'avez judicieusement relevé. La rapidité de leur relation m'avait aussi surprise, mais cela est compensé par les dialogues et le talent de Shakespeare. J'avais à travailler sur Mercutio, qui est un personnage que j'adore. Ses répliques sont toutes incroyables. Il s'agit probablement d'un de mes personnages favoris !

  3. Aymeline dit :

    Je vois que ça a été une bonne surprise pour toi aussi🙂. Mercutio est un personnage très intéressant et ce passage est magnifique !!!

  4. zarline dit :

    Grand projet de cette année: enfin lire Shakespeare et si possible en vo. J'hésitais à commencer avec Roméo et Juliette vu que je connais bien l'histoire mais ce que tu en dis me fait hésiter. Les gens qui ne savent pas ce qui se veulent m'énerve, même dans un roman du 16ème. Bon à voir…

  5. Lou dit :

    Tu me rappelles que je n'ai toujours publié aucun billet pour ce challenge, il va falloir que je m'y mette🙂

  6. Eiluned dit :

    Malo: Ce n'est pas ma pièce préférée, et tu verras que Shakespeare en a fait des meilleures, mais effectivement, quel talent !Dogra Magra : Oh que oui, Mercutio est un personnage formidable !Aymeline : Oui, finalement, malgré mes grandes réticences ! J'adore aussi ce passage !Zarline : Quel courage, lire Shakespeare en v.o ! Je n'ai pas encore osé ! Je te conseillerais plus Hamlet ou Othello, mais ce n'est qu'un avis perso !Lou : Ah ben oui, ce serait dommage de ne pas le faire !

  7. Lilly dit :

    Je l'ai lu en seconde, j'avais bien aimé. Avec le recul, je trouve beaucoup de défauts à cette pièce. En fait, j'adooore le film de Baz Luhrman, mais pas trop la pièce en elle-même. Il faut quand même que je découvre Shakespeare un de ces quatre, à part cinq ou six pièces et ses sonnets lus/vus par-ci par là, je suis vraiment inculte.

  8. maggie dit :

    Merci pour cette participation, je ferai le lien ce w-e : moi cette pièce je l'avais beaucoup aimé notamment pour son mélange des registres et la beauté du langage… J'aime bien aussi son côté surchargé ! Comme tu dis, on ne s'ennuie pas à Vérone !PS : j'aime bien ton papier servant de fond, c'est vraiment très jolie cette déco ! Ca me donne envie de changer le mien !

  9. Eiluned dit :

    Lilly : quatre ou cinq pièces c'est déjà pas mal! Je n'en ai lu que quatre pour l'instant :pMaggie : Avec plaisir ! Et effectivement la vie à Vérone n'est pas de toute repos ! Merci pour le compliment pour la déco🙂

  10. Merci Eiluned de m'avoir prévenue. Pense à l'extrême jeunesse de Roméo (et de Juliette aussi). Il est un peu normal qu'il conte fleurette à toutes les filles, ce qui ne l'empêche pas, par la suite, d'aimer Juliette sincèrement et de préférer mourir plutôt que d'être séparé d'elle. Et réciproquement! Ce sont presque des enfants, tu les juge comme s'ils étaient des adultes. Quant à se rebeller, ils le font puisqu'ils se marient contre le gré de leurs parents et en meurent(Il faut tenir compte de la toute puissance du père sur ses enfants à l'époque, il a le droit de les séparer, de les emprisonner s'ils désobéissent.)

  11. Sabbio dit :

    Je la lirai bien! Je viens de me rendre compte avec effroi que je n'ai pas cette pièce de lui dans ma bibliothèque alors que j'en ai bien quatre ou cinq! C'est fou, tellement connue, jamais achetée!Et puis quand tu parles de Mercutio j'aurai toujours en tête celui de Baz Luhrmann et son "Young hearts run free" ^^

  12. Eiluned dit :

    Claudalucia : Oui, j'imagine que je juge ça avec mes yeux d'adulte et surtout à notre époque… Sabbio : Il faut que je revoie la version de Baz Luhrmann, ça fait trèèès longtemps que je ne l'ai pas vue !

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